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I’m CEO, Bitch – The accidental billionaires – La revanche d’un solitaire
« I’m CEO, bitch » (en français: « je suis PDG, salope ») c’est ce que Mark Zuckerberg avait fait inscrire sur ses cartes de visite au tout début de la création de Facebook.
C’est tout du moins ce qu’affirme Ben Mezrich dans son ouvrage controversé The accidental billionaires (The founding of Facebook, a tale of sex, money, genius and betrayal) paru en juillet dernier et que j’ai eu le plaisir de lire cet été pendant mes vacances.
Controversé, car Facebook et Mark Zuckerberg ont refusé de participer de près ou de loin à l’élaboration de ce que son auteur qualifie lui même de « Tale » soit conte. Pour se plonger dans The Accidental Billionaires il faut donc accepter l’idée que les faits relatés peuvent ne pas être tout à fait exacts ni même tout à fait sincères dans la mesure où les contributeurs de ce conte sont majoritairement des anciens étudiants d’Harvard qui en veulent à Zuckerberg.
Qu’en retenir donc?
Tout d’abord, il convient de relativiser sur l’aspect accidentel de la création de Facebook. En effet, Facebook c’est avant tout un génie qui à déjà 19 ans déclinait une offre de Microsoft de 2 millions de dollars après s’être fait remarquer pour avoir créé un programme appelé Synapse qui permettait de reconnaitre les goûts musicaux d’un auditeur et ensuite de créer des playlists sur mesure.
Un génie certes, mais un génie asocial, peu loquace, mal à l’aise, regardé avec méfiance par des étudiants d’un Harvard dominé par une élite fortunée, brillante socialement, intellectuellement et sportivement.
C’est dans ce cadre et à la fin d’une soirée où une fille lui aurait posé un lapin que Mark Zuckerberg aurait regagné sa chambre du campus, se consolant avec un pack de bière Beck’s, bien décidé à prendre sa revanche sur une gente féminine décidemment peu avenante à son égard. De cette déception est né Facemash, sorte de Hot or Not (canon ou pas canon) où Zuckerberg proposait à ses camarades d’Harvard d’établir un classement des filles les plus et les moins jolies. Alimenté par les facebooks (trombinoscopes) des différentes résidences du campus qu’il avait hackés (on notera au passage qu’au fur et à mesure de son travail, Zuck indiquait sur son blog en temps réel les différentes étapes de sa progression et décrivait toutes les sécurités qu’il parvenait à contourner; Ben Mezrich reprend donc ainsi des extraits des propres propos de Zuckerberg), Facemash attirera dans une premier temps beaucoup d’ennuis à Zuckerberg.
Mark n’avait en effet pas anticipé le succès de sa dernière trouvaille. Afin de tester Facemash, il envoya des liens à quelques amis. Quelle fut sa surprise lorsqu’il s’aperçut qu’en une vingtaine de minutes plus de 20 000 votes avaient déjà été comptabilisés. Facemash avait déjà fait le tour du campus et déchaîné les foudres des associations féministes et de l’administration d’Harvard.
C’est de façon surprenante cette gaffe monumentale qui faillit lui coûter sa place à Harvard qui lui permit de faire une rencontre charnière dans sa vie. En effet, ceux que l’on pourrait qualifier de stars du campus; les athlétiques et riches frères Winklevoss qui travaillaient sur HarvardConnect (qui deviendra plus tard ConnectU), un projet de réseau social Internet, étaient à la recherche d’un « geek » capable de faire progresser rapidement le développement de leur site. C’est tout naturellement qu’ils se sont rapprochés de ce hacker qui faisait les gros titres du journal d’Harvard, le Harvard Crimson. Pendant quelques semaines Zuckerberg et les deux frères travaillent ensemble. Mark se dit rapidement très occupé, manque plusieurs rendez-vous de travail. Jusqu’au jour où parait thefacebook (qui mentionne en bas de chaque page un fier « a Mark Zuckerberg production« ) un concept qui selon les frères Winklevoss rejoint de trop près HarvardConnect. Vexés, humiliés de s’être faits avoir par un quelqu’un qu’ils voyaient comme un petit geek asocial de première année sans allure, ils entament alors une série de poursuites qui jusqu’à ce jour n’est toujours pas terminée.
De son côté thefacebook séduit les étudiants d’Harvard qui s’y inscrivent de façon unanime. A la fin de l’année, thefacebook s’ouvre aux principales universités des USA. Zuckerberg commence à recruter puis décide de quitter là côte Est pour la Californie où il prend en location une maison dans laquelle lui et ses amis travaillent, font la fête et dorment quelquefois.
La suite est bien connue. Thefacebook devient Facebook et se propage à une vitesse surprenante. La vie de Zuckerberg et de ses amis est maintenant rythmée par la création du tag des photos, des newsfeed, par les levées de fonds qui permettent de recruter toujours plus de personnel. Les caps des 50 puis des 100 millions de membres sont franchis.
S’il est nécessaire de prendre une certaine distance vis à vis de The accidental billionnaires, on appréciera la description de la vie sur le campus d’Harvard. On y trouve des situations assez cocasses mais aussi une description surprenante-mais relayée par beaucoup d’autres sources- de la personnalité du « CEO », capable de passer des journées et des nuits entières sur son PC sans rien boire ni manger, ne répondant preque pas lorsqu’on lui parle et prêt à tout pour protéger son entreprise quitte à sacrifier ses amis.
Le procès des frères Winklevoss a finalement abouti en 2009 à une condamnation de Mark Zuckerberg à verser une somme proche de 65 millions de dollars en actions de la société Facebook Inc. aux fondateurs de ConnectU. Ce verdict peut paraître assez généreux et à vrai dire quand on voit ce que donne www.connectu.com on comprend à quel point Facebook est une réussite!
Lire la critique du New York Times.
The Accidental Billionaires (The founding of Facebook, a tale of sex, money, genius and betrayal), Ben Mezrich, Doubleday, 2009.
Version française: La revanche d’un solitaire – La véritable histoire du fondateur de Facebook , traduction de Lucie Delplanque, Max Milo, 2010.