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A qui appartient Facebook?

Il n’y a  pas à dire: le succès attise la convoitise!

Facebook.com, deuxième plus grosse audience Internet mondiale, premier réseau social avec depuis peu 500 millions de membres, oeuvre de l’étudiant d’Harvard Mark Zuckerberg, connaît une fois de plus la polémique quant aux circonstances de sa création. Le film de David Fincher, « The social network » (dont le sous-titre est « on ne se fait pas 500 millions d’amis sans se faire quelques ennemis ») qui sortira le 13 octobre 2010 en France, relate pour sa part (et visiblement de façon très sulfureuse vue la bande annonce)  la création du site sur le campus d’Harvard

Dernièrement, c'est un dénommé Paul Ceglia qui cherche à s'en prendre au plus jeune milliardaire du monde.

D'après lui , et selon le contrat qu'il entend faire appliquer, Mark Zuckerberg lui aurait cédé 50% de Facebook pour 1000$ en 2003. Le contrat prévoit en plus une pénalité d'1% par jour de retard, ce qui signifierait qu'il aurait dû être en possession de 84% du capital de Facebook en 2004...

Assez surprenant! Et on imagine la pagaille juridico-financière si un tel contrat venait à être reconnu comme valide par la juridiction devant laquelle a été portée l'affaire de Paul Ceglia. Qu'en serait-il de toutes les actions créées et cédées depuis 2004? Pour mémoire Facebook a quand même levé 836 millions de dollars depuis cette date et Zuckerberg ne détient plus à l'heure actuelle que 24% du capital de sa société.

Contrat MZ

Le contrat dont se prévaut Paul Ceglia, qui est pour le moins ambigu sur plusieurs aspects, s'annonce toutefois relativement troublant vis à vis de l'histoire de la création de Facebook telle que Zuckerberg la raconte.

A commencer par la date à laquelle ce "contrat" a été établi, le 28 avril 2003. En effet, le nom de domaine thefacebook.com n'a été réservé par MZ que le 11 janvier 2004 et le site officiellement ouvert le 4 février 2004.

Le préambule du texte est explicite et pourrait poser, s'il était reconnu authentique, un vrai problème à la société de plus de 1400 personnes qu'est devenue aujourd'hui Facebook: "Le contrat établi entre le cédant [Mark Zuckerberg] et l'acquéreur [Paul Ceglia] est un contrat de vente et de prestation de services [...] visant à l'achat et à l'élaboration d'un site Internet dont le projet a déjà été initié par le cédant [Mark Zuckerberg] et dont l'objet est d'offrir aux étudiants de l'Université d'Harvard un accès à un site similaire à un trombinoscope interactif dont le nom d'exploitation est "The Face Book".Les parties conviennent que l'acquéreur [Paul Ceglia] détiendra 50% du programme, du code et des intérêts commerciaux découlant de la diffusion du service à une audience plus large".

facebookIl semble légitime de se poser plusieurs questions. Tout d'abord concernant l'authenticité du contrat en lui-même.

Cet aspect évidemment fondamental est étudié par les tribunaux à l'heure actuelle. On pourrait également se demander pourquoi Paul Ceglia a attendu si longtemps pour faire valoir ses droits si droits il y a. 7 ans c'est beaucoup, et c'est justement ce que plaident les avocats de Facebook dans leurs conclusions du mois de juillet.

Et sur le fond du problème en lui même, on pourrait être surpris par le fait que Zuckerberg ait souhaité céder ses titres pour une somme aussi faible que 1000 $. Toujours est-il qu'il y a 7 ans, MZ n'avait que 19 ans, était un étudiant sans un sou et qu'il n'avait peut être pas la certitude qu'un jour son concept vaudrait plusieurs dizaines de milliards de dollars.

L'histoire de la création de Facebook n' en n'a donc pas fini de faire couler de l'encre. Mais on imagine mal que Paul Ceglia ne parvienne pas à obtenir une grosse somme d'argent, surtout lorsque l'on sait que des anciens camarades d'Harvard de Zuckerberg ont obtenu 64 millions de dollars sans même se justifier d'un acte écrit...

Donc la question demeure posée: A qui appartient Facebook?

Facebook est profitable! mais…

Dans un billet posté le 15 septembre, Mark Zuckerberg annonce que Facebook devient rentable avec un Free Cash Flow positif au deuxième trimestre 2009. Ceci est évidemment une très bonne nouvelle pour Facebook qui parvient enfin à équilibrer son activité alors même que ses dépenses n’ont jamais été aussi importantes, la communauté regroupant maintenant 300 millions de membres. L’information a vite été relayée dans la presse notamment avec le Figaro d’aujourd’hui qui y consacre un article intéressant.

Niveau chiffre d’affaires, le quotidien français cite un des membres du board de Facebook, Marc Andreessen, qui annonce 500 millions de dollars pour 2009. Quelle est la performance de la société de Mark Zuckerberg par rapport à son ex-grand rival qu’est Myspace? Par rapport à des communautés spécialisées telles que TripAdvisor(la communauté des voyageurs)?CA par membre

Les chiffres ci-dessus sont faciles à interpréter: le meilleur indicateur pour mesurer la capacité d’une communauté à tirer profit de son audience est le chiffre d’affaires généré par membre. Concrètement :Combien d’argent rapporte chaque membre inscrit sur le réseau.

En passant de Facebook (à gauche) à TripAdvisor (à droite), on passe d’une communauté généraliste à une communauté spécialisée.Le CA/membre n’est pas le même et ceci prouve bien qu’il est plus difficile pour une communauté généraliste de monétiser son audience tant les profils et besoins de ses membres sont variés et complexes à appréhender efficacement.

The Social Network – I’m CEO Bitch

The accidental billionaires« I’m CEO, bitch » (en français: « je suis PDG, salope ») c’est ce que Mark Zuckerberg avait fait inscrire sur ses cartes de visite au tout début de la création de Facebook.

C’est tout du moins ce qu’affirme Ben Mezrich dans son ouvrage controversé The accidental billionaires (The founding of Facebook, a tale of sex, money, genius and betrayal) paru en juillet dernier et que j’ai eu le plaisir de lire cet été pendant mes vacances.

Controversé, car Facebook et Mark Zuckerberg ont refusé de participer de près ou de loin à l’élaboration de ce que son auteur qualifie lui même de « Tale » soit conte. Pour se plonger dans The Accidental Billionaires il faut donc accepter l’idée que les faits relatés peuvent ne pas être tout à fait exacts ni même tout à fait sincères dans la mesure où les contributeurs de ce conte sont majoritairement des anciens étudiants d’Harvard qui en veulent à Zuckerberg.

Qu’en retenir donc?

Tout d’abord, il convient de relativiser sur l’aspect accidentel de la création de Facebook. En effet, Facebook c’est avant tout un génie qui à déjà 19 ans déclinait une offre de Microsoft de 2 millions de dollars après s’être fait remarquer pour avoir créé un programme appelé Synapse qui permettait de reconnaitre les goûts musicaux d’un auditeur et ensuite de créer des playlists sur mesure.

Un génie certes, mais un génie asocial, peu loquace, mal à l’aise, regardé avec méfiance par des étudiants d’un Harvard dominé par une élite fortunée, brillante socialement, intellectuellement et sportivement.

C’est dans ce cadre et à la fin d’une soirée où une fille lui aurait posé un lapin que Mark Zuckerberg aurait regagné sa chambre du campus, se consolant avec un pack de bière Beck’s, bien décidé à prendre sa revanche sur une gente féminine décidemment peu avenante à son égard. De cette déception est né Facemash, sorte de Hot or Not (canon ou pas canon) où Zuckerberg proposait à ses camarades d’Harvard d’établir un classement des filles les plus et les moins jolies. Alimenté par les facebooks (trombinoscopes) des différentes résidences du campus qu’il avait hackés (on notera au passage qu’au fur et à mesure de son travail, Zuck indiquait sur son blog en temps réel les différentes étapes de sa progression et décrivait toutes les sécurités qu’il parvenait à contourner; Ben Mezrich reprend donc ainsi des extraits des propres propos de Zuckerberg), Facemash attirera dans une premier temps beaucoup d’ennuis à Zuckerberg.

Mark n’avait en effet pas anticipé le succès de sa dernière trouvaille. Afin de tester Facemash, il envoya des liens à quelques amis. Quelle fut sa surprise lorsqu’il s’aperçut qu’en une vingtaine de minutes plus de 20 000 votes avaient déjà été comptabilisés. Facemash avait déjà fait le tour du campus et déchaîné les foudres des associations féministes et de l’administration d’Harvard.

C’est de façon surprenante cette gaffe monumentale qui faillit lui coûter sa place à Harvard qui lui permit de faire une rencontre charnière dans sa vie. En effet, ceux que l’on pourrait qualifier de stars du campus; les athlétiques et riches frères Winklevoss qui travaillaient sur HarvardConnect (qui deviendra plus tard ConnectU),  un  projet de réseau social Internet, étaient à la recherche d’un « geek » capable de faire progresser rapidement le développement de leur site. C’est tout naturellement qu’ils se sont rapprochés de ce hacker qui faisait les gros titres du journal d’Harvard, le Harvard Crimson.  Pendant quelques semaines Zuckerberg et les deux frères travaillent ensemble. Mark se dit rapidement très occupé, manque plusieurs rendez-vous de travail. Jusqu’au jour où parait thefacebook (qui mentionne en bas de chaque page un fier « a Mark Zuckerberg production« ) un concept qui selon les frères Winklevoss rejoint de trop près HarvardConnect. Vexés,  humiliés de s’être faits avoir par un quelqu’un qu’ils voyaient comme un petit geek asocial de première année sans allure, ils entament alors une série de poursuites qui jusqu’à ce jour n’est toujours pas terminée.

De son côté thefacebook séduit les étudiants d’Harvard qui s’y inscrivent de façon unanime. A la fin de l’année, thefacebook s’ouvre aux principales universités des USA. Zuckerberg commence à recruter puis décide de quitter là côte Est pour la Californie où il prend en location une maison dans laquelle lui et ses amis travaillent, font la fête et dorment quelquefois.

La suite est bien connue. Thefacebook devient Facebook et se propage à une vitesse surprenante. La vie de Zuckerberg et de ses amis est maintenant rythmée par la création du tag des photos, des newsfeed, par les levées de fonds qui permettent de recruter toujours plus de personnel. Les caps des 50 puis des 100 millions de membres sont  franchis.

S’il est nécessaire de prendre une certaine distance vis à vis de The accidental billionnaires, on appréciera la description de la vie sur le campus d’Harvard. On y trouve des situations assez cocasses mais aussi une description surprenante-mais relayée par beaucoup d’autres sources- de la personnalité du « CEO », capable de passer des journées et des nuits entières sur son PC sans rien boire ni manger, ne répondant preque pas lorsqu’on lui parle et prêt à tout pour protéger son entreprise quitte à sacrifier ses amis.

Le procès des frères Winklevoss a finalement abouti en 2009 à une condamnation de Mark Zuckerberg à verser une somme proche de 65 millions de dollars en actions de la société Facebook Inc. aux fondateurs de ConnectU. Ce verdict peut paraître assez généreux et à vrai dire quand on voit ce que donne www.connectu.com on comprend à quel point Facebook est une réussite!

Lire la critique du New York Times.

The Accidental Billionaires (The founding of Facebook, a tale of sex, money, genius and betrayal), Ben Mezrich, Doubleday, 2009.

Version française: La revanche d’un solitaire – La véritable histoire du fondateur de Facebook , traduction de Lucie Delplanque, Max Milo, 2010.

The Social Network, David Fincher, 2010

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